Imaginons qu’après la livraison d’un bâtiment, tout soit parfait, mais que cinq ans plus tard, une énorme fissure apparaisse sur un mur porteur. La survenue de ce sinistre entraînerait immédiatement une double question cruciale : qui est responsable ? Et surtout, qui paie les réparations ?
Pour répondre à ces questions, le législateur avec la loi Spinetta (Loi n° 78-12 du 4 janvier 1978) a mis en place double mécanisme d’assurance.
Pour visualiser ce système ingénieux, la meilleure image est celle d’une pièce de monnaie. Cette pièce possède deux faces indissociables : d’un côté, l’assurance pour le professionnel, de l’autre, l’assurance pour le propriétaire. Ces deux assurances sont différentes, mais ne peuvent fonctionner l’une sans l’autre.

1. Le bouclier Décennale (l’assurance du constructeur)
La fonction et la durée de la garantie :
L’assurance décennale (la première face de la pièce) est le bouclier qui protège les professionnels du bâtiment.
Comme son nom l’indique, elle couvre la responsabilité du constructeur pendant 10 ans après la réception des travaux. Sans cette couverture, un seul gros sinistre pourrait couler l’entreprise.
Le champ d’application du terme « Constructeur » :
L’obligation d’assurance concerne un éventail très large de professionnels, et non pas seulement l’artisan qui monte les murs. Sont concernés l’architecte, le maître d’œuvre, le bureau d’étude qui a calculé les structures, et même le promoteur.
La nature des sinistres couverts :
La décennale ne s’active que pour des problèmes graves ; elle n’est pas destinée à couvrir des défauts mineurs comme une petite écaille de peinture. Elle couvre les défauts qui :
- touchent à la solidité même du bâtiment (ex : fissures dans les fondations),
- rendent le bâtiment inutilisable (ex : des infiltrations d’eau massives qui transformeraient le salon en piscine),
- touchent à la sécurité des personnes (ex : chute de tuile du toit).
Les sanctions en cas de défaut d’assurance :
Le législateur ne plaisante pas avec cette obligation. Oublier de s’assurer n’est pas une simple faute administrative, mais un délit pénal. Outre l’amende et la prison, le risque majeur est de devoir payer de sa poche des réparations pouvant se chiffrer en centaines de milliers d’euros.
2. La voie rapide : l’assurance Dommages Ouvrage (pour le propriétaire)
L’assurance dommages ouvrage représente l’autre face de la pièce, conçue comme la protection du client, le propriétaire. C’est le propriétaire qui doit la souscrire, et ce, au démarrage du chantier.
La fonction de la dommages ouvrage (DO) : Préfinancement des Réparations
Sa fonction est de préfinancer les réparations nécessaires sans attendre de savoir qui a commis l’erreur. C’est la voie rapide pour sortir d’une situation de crise.
La garantie d’efficacité et de rapidité
Le système est contraint par des délais légaux courts pour garantir son efficacité. La loi accorde à l’assureur DO un délai maximum de 60 à 90 jours pour présenter une offre d’indemnisation et lancer les travaux.
Ce délai est à comparer aux années que peut prendre une procédure judiciaire classique.
Les avantages pour le propriétaire
Avec la DO, les réparations sont faites rapidement, et c’est la bataille des assureurs qui se joue en coulisse pour déterminer les responsabilités
Sans la DO, le propriétaire est contraint à un parcours du combattant où il doit prouver la faute et avancer les frais d’avocats et d’experts, tout en vivant avec les dégâts.
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3. l’articulation et le fonctionnement des deux assurances
L’intérêt du dispositif réside dans la manière dont la Dommages Ouvrage et la Décennale s’articulent dans une situation réelle.
Cas d’école : Infiltrations d’eau sur une terrasse
- Étape 1 : constat et déclenchement
Le propriétaire constate le problème (infiltrations) et ne perd pas de temps à identifier le responsable. Il appelle directement son assureur DO. - Étape 2 : réparation immédiate
L’assureur DO envoie un expert, constate les dégâts, et débloque les fonds pour réparer. L’immeuble est remis en état. - Étape 3 : action récursoire (remboursement)
Ce n’est qu’après que le propriétaire est sorti d’affaires que l’assureur DO se retourne contre l’assurance décennale du constructeur jugé responsable, afin de se faire rembourser les sommes avancées.
Le système a été pensé pour séparer deux choses : d’un côté, la réparation rapide pour le propriétaire, et de l’autre, la discussion complexe sur les responsabilités, laquelle se passe en coulisse entre les professionnels et leurs assureurs. Le propriétaire n’est ainsi plus l’otage du conflit.

4. Le Coût de la Sécurité
Toute cette tranquillité d’esprit garantie par la double protection a un coût.
Du côté des professionnels, le coût de l’assurance décennale est calculé en pourcentage sur leurs chiffres d’affaires. Les taux varient énormément, car ils sont une pure question de risque. Par exemple, le risque d’impact financier est beaucoup plus grand pour le bureau d’étude qui calcule la structure en béton que pour le bureau d’étude en électricité, et la prime d’assurance reflète cette différence.
Tendances du marché et augmentation des primes.
Il existe une tendance de fond à l’augmentation des primes qui est mécanique. Cette hausse est due à plusieurs facteurs :
• Les coûts des matériaux sont en hausse
• Les sinistres liés aux événements climatiques se multiplient
Enjeu stratégique
Dans ce contexte, le marché étant de plus en plus complexe et cher, bien choisir et bien négocier son contrat d’assurance devient un enjeu absolument stratégique pour l’entreprise du bâtiment.
Trouver le contrat adapté exige une vraie connaissance des offres et une analyse fine des besoins, ce qui rend le bon conseil en amont essentiel.
Conclusion : L’importance d’être bien assuré
La Loi Spinetta est une fondation légale solide et bien pensée, mais sa solidité réelle dépend de la qualité des garanties souscrites.
La question fondamentale n’est pas seulement de savoir qu’il faut s’assurer, mais de se demander si l’on est bien assuré pour affronter sereinement les dix prochaines années.



